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Ce qu'a révélé le symposium du Vatican sur l’IA sur l’adoption souveraine au Canada

Richard St-Pierre de Levio partage une perspective canadienne du Vatican sur l’IA souveraine, la confiance publique et l’adoption responsable.

19 juin 2026

Richard St-Pierre, Quantum and AI Sovereignty Senior Advisor, Levio

Quand j’ai pris part, en mai, au symposium international « IA et avenir de la dignité humaine » au Vatican, la discussion était loin de reposer uniquement sur la technologie. Elle portait sur la société. 

L’événement réunissait 22 experts de premier plan venus du monde entier, dont des lauréats du prix Nobel et des leaders des milieux scientifique, économique et institutionnel, pour réfléchir à la manière dont l’intelligence artificielle transforme le travail, la gouvernance, la durabilité sociale et la dignité humaine.  Le cadre était exceptionnel, puisqu’il permettait d’aborder une question de plus en plus pressante : comment encadrer une technologie qui prend place désormais au cœur même de nos économies, de nos organisations et de nos institutions? 

 

Pour le Canada, cette question se pose dès maintenant. L’IA n’est plus seulement un outil pour gagner en productivité ou automatiser certaines tâches. Elle devient un acteur à part entière de la vie institutionnelle, capable d’influencer des décisions, d’exécuter des actions, d’orienter l’information et de transformer la manière dont les services sont rendus. 

Et cela change profondément la nature de la responsabilité. 

De l’adoption de l’IA à son pouvoir d’agir 

Bien des institutions et des organisations ont d’abord envisagé l’IA comme une technologie à adopter. Cette façon de la voir se justifiait à une époque où l’IA servait surtout à analyser l’information, à appuyer les équipes ou à automatiser des processus répétitifs. 

L’arrivée de l’IA agentique a changé la donne. 

Les systèmes agentiques agissent avec un degré d’autonomie plus élevé. Ils recommandent, tranchent, exécutent des transactions, produisent des résultats et influencent les flux de travail d’une manière qui a des effets bien concrets sur les gens et les institutions. 

Dans le secteur public, cela soulève des enjeux plus fondamentaux de responsabilité, de transparence et de contrôle. 

Les institutions se doivent notamment de se demander : 

  • Si l’IA soutient un service public, qui en assure la gouvernance?

  • Si l’IA influe sur une décision, qui est en mesure de l’expliquer?

  • Si l’IA repose sur une infrastructure externe, qui contrôle l’environnement dont elle dépend?

  • Si l’IA s’intègre à un processus critique, comment l’institution demeure-t-elle responsable envers les citoyens qu’elle sert? 

Ce sont certes des questions technologiques, mais ce sont aussi des questions de confiance du public. 

La souveraineté numérique, une question de contrôle réel 

Au Canada, on aborde souvent la souveraineté numérique sous l’angle de la propriété, de la localisation ou de la résidence des données. Ces éléments font partie de l’équation, sans toutefois épuiser la question. 

En matière de souveraineté, ce qui compte, c’est le contrôle réel. 

Il est ici question de contrôle des données, d’infrastructure, de sécurité, de gouvernance, de modèles d’exploitation et de processus décisionnels. Autrement dit, il s’agit de déterminer si une institution publique peut continuer à protéger, gouverner et exploiter les systèmes dont dépendent les Canadiens dans un contexte en évolution. 

Un système peut sembler souverain en théorie, tout en demeurant tributaire de technologies, de plateformes ou de modèles d’exploitation qui limitent concrètement la marge de manœuvre. Pour les gouvernements de tous les paliers, cette nuance est déterminante. 

L’IA souveraine exige plus qu’une volonté politique. Elle suppose une architecture solide, des fondations de données modernes, une infrastructure sécurisée, des opérations résilientes, une gouvernance claire, une bonne préparation en cybersécurité et une prise en compte des enjeux de sécurité propres à l’ère quantique. Elle suppose aussi la capacité de dépasser le stade des projets pilotes pour intégrer l’IA de manière responsable dans de véritables environnements opérationnels. 

Le Canada n’a pas à choisir entre l’ambition et la responsabilité. Il lui faut les deux. 

La fenêtre d’action du Canada pour une adoption responsable 

L’un des constats les plus marquants du symposium du Vatican est que l’incidence de l’IA n’a plus rien de théorique. Elle transforme déjà la vie économique, les marchés du travail, les rapports sociaux et la confiance envers les institutions. 

Pour le Canada, tout l’enjeu est celui du rythme. 

Les capacités de l’IA évoluent à grande vitesse. Les cycles d’approvisionnement public, de gouvernance et d’élaboration des politiques avancent souvent plus lentement. Cet écart met les institutions publiques sous pression : elles doivent moderniser les services, accroître la productivité et renforcer leurs capacités numériques tout en maintenant des normes élevées de transparence, d’équité, de sécurité et de responsabilité. 

Une adoption responsable ne peut pas être synonyme d’inaction. Elle consiste à se donner les moyens d’avancer avec rigueur. 

C’est particulièrement vrai pour les institutions publiques. Le secteur public assume des responsabilités qui dépassent la seule efficacité. Il doit protéger les droits, préserver la confiance, offrir des services de façon fiable et rendre compte des systèmes qu’il utilise. 

L’IA peut aider les gouvernements à améliorer la prestation de services, à alléger le fardeau administratif, à soutenir les équipes et à renforcer la prise de décision. Ces bénéfices sont bien réels, mais ils ne s’inscrivent dans la durée que si l’adoption repose sur des modèles de gouvernance, d’infrastructure et de sécurité dignes de la confiance des citoyens. 

Une troisième voie pour les puissances moyennes  

Au symposium, j’ai parlé du rôle que peuvent jouer des pays comme le Canada dans un environnement mondial de l’IA façonné par les grandes puissances et les grands écosystèmes technologiques. 

Le Canada ne peut pas simplement calquer le modèle dominant. Le niveau d’investissement, la concentration des infrastructures et la puissance des plateformes détenues par les plus grands acteurs mondiaux sont difficiles à égaler directement pour la plupart des pays. 

Mais cela ne signifie pas que le Canada doive se résigner à la dépendance. 

Il existe une troisième voie pour les puissances moyennes comme le Canada : miser sur des infrastructures numériques souveraines, sur des modèles fiables de partage des données et sur des cadres de gouvernance qui préservent le contrôle national tout en soutenant l’innovation. 

C’est là que se rejoignent souveraineté et collaboration. 

Des pays comme le Canada peuvent travailler avec des partenaires de confiance et des États partageant les mêmes vues pour mettre au point des modèles concrets d’IA souveraine. Cela peut passer par des infrastructures partagées, une collaboration transfrontalière sécurisée en matière de données, des cadres de gouvernance interopérables et des approches qui permettent aux institutions d’innover tout en conservant la maîtrise des systèmes critiques. 

Pour le secteur public, l’enjeu est particulièrement important. Les gouvernements sont appelés à collaborer de plus en plus au-delà des frontières, notamment en matière de défense, d’espace, de santé, de climat, d’intervention d’urgence et de résilience économique. La capacité de partager de façon sécurisée le renseignement, les données et les capacités numériques pourrait ainsi devenir l’une des conditions clés de la modernisation du secteur public. 

La souveraineté n’a pas à rimer avec isolement. Bien pensée, la collaboration peut au contraire devenir un levier pour la protéger. 

Pourquoi la mise en œuvre est déterminante 

Le symposium du Vatican a constitué un forum mondial important pour réfléchir aux effets humains et sociétaux de l’IA. Mais la prochaine étape, c’est l’exécution. 

C’est là, à mon sens, que le Canada a une carte à jouer. 

Le Canada dispose d’une solide capacité de recherche en IA, d’institutions publiques sophistiquées, de talents de calibre mondial et d’une tradition de service public fondée sur la confiance et la responsabilité. Le prochain défi consiste à transformer ces atouts en capacité opérationnelle. 

Chez Levio, nous avons une vision résolument pratique de la question. En tant qu’entreprise canadienne, véritablement souveraine, spécialisée en transformation numérique et en intégration de systèmes, nous considérons l’IA souveraine autant comme un enjeu de mise en œuvre que comme un enjeu de politique publique. La prochaine phase d’adoption dépendra de la capacité des institutions à passer de la stratégie à l’architecture, des principes aux modèles d’exploitation, puis des projets pilotes à des déploiements sécurisés, gouvernés et évolutifs. Pour le secteur public canadien, cela signifie développer la capacité de gouverner l’IA dans des environnements réels, de protéger les données et les infrastructures, de se préparer aux risques de sécurité propres à l’ère quantique et de maintenir une véritable imputabilité à mesure que ces systèmes s’intègrent plus profondément aux services dont dépendent les Canadiens. 

La confiance du public comme véritable mesure de l’IA souveraine 

L’avenir de l’IA ne se mesurera pas seulement à sa puissance technologique. Il se mesurera à la capacité de ces systèmes à renforcer la dignité humaine, à accroître la confiance envers les institutions et à servir le bien commun. 

Pour le Canada, l’IA continuera de transformer le fonctionnement des institutions et la manière dont les services sont offerts. La vraie question est de savoir si nous saurons l’adopter de façon à préserver le contrôle, à protéger les citoyens et à renforcer la confiance envers les systèmes censés les servir. 

L’IA souveraine devient un enjeu de confiance du public, parce que les systèmes que nous mettons en place aujourd’hui façonneront la manière dont les décisions seront prises demain. 

Le Canada a l’occasion d’aborder ce moment avec ambition et sens des responsabilités. Cela suppose de bâtir les fondations numériques, les partenariats et les modèles de gouvernance nécessaires pour adopter l’IA à grande échelle, tout en gardant au centre le jugement humain, la responsabilité publique et la souveraineté nationale.